Article paru dans Technique & Architecture n°488
"Pourquoi l’oeil s’arrête-t-il soudains ur une photo, un tableau, une sculpture, un paysage ? Quel mécanisme ? Cette question, chacun se l’est posée cent fois. Sans vraiment y répondre, pour garder cette part de mystère qui est aussi poésie. Une fois encore ce processus -alerte, curiosité, attirance, séduction, etc. - s’est enclenché quand nous avons reçu quelques "oeuvres". Dieu que ce mot galvaudé jusqu’à l’écoeurement est devenu difficile à écrire ! - de la photographe Camille Hervouet.
Des photos de maisons, mais étranges, prises de nuit, mais éclairées par une drôle de lumière, peut-être celle du jour. Cette anomalie retient sans doute l’attention, mais plus encore le silence de ces maisons portes et volets clos, fermées sur elles-mêmes et leur habitants invisibles, sans aucune agressivité, presque douces. Et puis, à nouveau, il y a cette lumière, ces couleurs. Des réminiscences de rêves, entre beauté et cauchemar, de films, en particulier "Le Charme discret de la bourgeoisie" de Luis Bunuel.
Suffisent les références. Ces documents, malgrè le jeune âge de la photographe (23 ans), sont l’aboutissement d’une découverte progressive. Pendant ses études à l’ETPA (Ecole Toulousaine de Photographie et de Multimédia), l’une des étapes du cursus passe par un reportage sur un thème libre.
Ces photos en sont issues. Dans le quartier du Mirail, à Toulouse, Camille Hervouet commence à photographier des maisons, entre minuit et 4h du matin, seule, avec un appareil lambda.
De cliché en cliché, elle découvre les effets du halo lumineux de la ville qui dort ; change d’appareil pour un Rolleiflex et un objectif de 55mm, sans filtre, opte pour une pellicule argentique Portra 100T, un film négatif 120, nappé de tungstène, sensible plus le temps de pose s’allonge (jusqu’à 8 minutes) à la lumière artificielle que la ville renvoie, le soleil absent, vers les nuages qui la restituent autre, transformée, saturée de couleurs étranges.
La vingtaine de maisons choisie date des années 1960-1970, estampillées Mouvement moderne mêlé de régionalisme. Curieusement, les photos emblématisent les structures, le graphisme. Pourquoi un tel choix pour cette photographe qui n’a pas fait d’études d’architecture ? Pas d’explication évidente, une inclinaison naturelle, une attirance pour une sorte de vérité d’organisation, de structure, l’homogénéité, l’autonomie des figures touchées de l’aile de la solitude."
Jean-François Pousse





