Peintures photographiques
Les images filmiques n’existent-elles pas dans un temps qui nous échappe ? La photographie reste le médium le plus propice pour arrêter ce flot d’images. Prélevées dans une séquence tournée en 8 mm, ces photographies sont des arrêts temporels ouvrant sur une présence du passé. Une tension les anime entre présence et absence : présence de la scène représentée qui s’actualise pour le spectateur mais absence de la scène réelle passée.
La nature autobiographique de ces images me permet ces allées et venues dans la temporalité. Comment prétendre alors au transfert d’un sentiment d’absence au-delà de la mémoire individuelle, dans la mémoire collective ? L’altération de l’autoportrait résulte de procédés mis en œuvre en amont de la prise de vue.
Le transport de l’image filmique s’est effectué sur divers supports de projection procurant aux photographies une qualité picturale essentielle à un éveil de nostalgie. Dans quelles mesures peut-on confondre photographie et peinture ?
La fusion originelle du corps et de la nature s’inscrit dans la représentation photographique de ces "tableaux narratifs". Disposées en bandeau horizontal, mes séries affectent le trajet habituel de lecture du spectateur, la linéarité chronologique. La disposition sérielle des images détermine l’ordre dans lequel elles s’enchaînent.
Le spectateur est ainsi confronté à une narration perpétuellement inversée, métaphore du cheminement mémoriel. La dimension elliptique évoque l’absence, la perte de mémoire, remet en question l’exactitude des souvenirs. La mémoire est pleine de vides qui sont autant de traces d’avenirs abandonnés…
Christelle Chabrier


















