Sélection 2004

Christelle Chabrier

Peintures photographiques

Les images fil­mi­ques n’exis­tent-elles pas dans un temps qui nous échappe ? La pho­to­gra­phie reste le médium le plus pro­pice pour arrê­ter ce flot d’images. Prélevées dans une séquence tour­née en 8 mm, ces pho­to­gra­phies sont des arrêts tem­po­rels ouvrant sur une pré­sence du passé. Une ten­sion les anime entre pré­sence et absence : pré­sence de la scène repré­sen­tée qui s’actua­lise pour le spec­ta­teur mais absence de la scène réelle passée.

La nature auto­bio­gra­phi­que de ces images me permet ces allées et venues dans la tem­po­ra­lité. Comment pré­ten­dre alors au trans­fert d’un sen­ti­ment d’absence au-delà de la mémoire indi­vi­duelle, dans la mémoire col­lec­tive ? L’alté­ra­tion de l’auto­por­trait résulte de pro­cé­dés mis en œuvre en amont de la prise de vue.

Le trans­port de l’image fil­mi­que s’est effec­tué sur divers sup­ports de pro­jec­tion pro­cu­rant aux pho­to­gra­phies une qua­lité pic­tu­rale essen­tielle à un éveil de nos­tal­gie. Dans quel­les mesu­res peut-on confon­dre pho­to­gra­phie et pein­ture ?

La fusion ori­gi­nelle du corps et de la nature s’ins­crit dans la repré­sen­ta­tion pho­to­gra­phi­que de ces "tableaux nar­ra­tifs". Disposées en ban­deau hori­zon­tal, mes séries affec­tent le trajet habi­tuel de lec­ture du spec­ta­teur, la linéa­rité chro­no­lo­gi­que. La dis­po­si­tion sérielle des images déter­mine l’ordre dans lequel elles s’enchaî­nent.

Le spec­ta­teur est ainsi confronté à une nar­ra­tion per­pé­tuel­le­ment inver­sée, méta­phore du che­mi­ne­ment mémo­riel. La dimen­sion ellip­ti­que évoque l’absence, la perte de mémoire, remet en ques­tion l’exac­ti­tude des sou­ve­nirs. La mémoire est pleine de vides qui sont autant de traces d’ave­nirs aban­don­nés…

Christelle Chabrier


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