Sélection 2008

Clémentine Crochet

Marseille, France

Espaces Nocturnes

Sans éclairage, l’espace n’existe pas […]* mais sans éclairage le noir ne se voit pas.
* Robert Wilson

A l’ori­gine de mon tra­vail j’éprouvais un réel inté­rêt pour la mise en espace scé­no­gra­phi­que. Je recher­chais des lieux ou la lumière met­tait en scène l’espace et créait une ambi­guïté entre ce qui était vu et ce qui était perçu. Mais au lieu de m’appuyer sur des espa­ces fic­tifs, j’uti­li­sais la nuit et la ville comme sup­port. En réa­li­sant mes prises de vue, le plus sou­vent dans des exté­rieurs déserts où les lumiè­res arti­fi­ciel­les trans­for­maient l’espace, le décou­paient, j’obte­nais pro­gres­si­ve­ment de nou­veaux lieux. L’appa­ri­tion de la figure humaine mise en scène de la manière la plus mini­ma­liste, sim­ple­ment là, sans atti­tude, comme saisie dans un décor ren­for­çait l’inson­da­ble.

Aujourd’hui le noir, est devenu masse, pré­sence. Il efface, étouffe, cloi­sonne la lumière mais c’est un noir que la nuit a du mal a révé­ler ; le noir, pris comme élément pri­mor­dial que je den­si­fie dans mes com­po­si­tions pour sou­li­gner ce qui se dérobe ou s’absente. Je ne cher­che pas à repré­sen­ter le monde mais je joue avec notre per­cep­tion du réel. J’uti­lise l’outil pho­to­gra­phi­que comme une sorte d’exten­sion du visi­ble. J’offre une vision « en néga­tif » à tra­vers la nuit, de l’indi­vidu, de la cité. Pour me réap­pro­prier les sites urbains, je sous­trais la pré­sence de l’urbain, cons­truit une sorte d’absence où indi­vidu et archi­tec­ture se lient et révè­lent leur soli­tude, leur cloi­son­ne­ment, leur uni­vers comme une pensée privée de lumière.

Clémentine Crochet


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