Sélection 2008

Francis Brussat

Paris, France

Les pho­to­gra­phies de Francis Brussat nous pro­po­sent la vision d’une Buenos Aires « luxueuse et cabos­sée », pour repren­dre les mots de la jour­na­liste Véronique Brocard*.

Une grande capi­tale dont les murs racontent une his­toire contra­dic­toire, d’espoirs déme­su­rés et d’illu­sions déchues. Histoire tra­gi­que et comi­que où chaque détail absurde et savou­reux révèle tout à la fois la déca­dence de ce qui n’a jamais été, et l’inven­tion d’une forme de survie joyeu­se­ment créa­tive. D’autres por­traits de Buenos Aires auraient été pos­si­bles, Francis Brussat, par sa fraî­cheur, son aci­dité, sa ten­dresse, a choisi de nous mon­trer celui d’une ville ridée avant d’avoir mûri, pour­tant si jeune où la misère côtoie une splen­deur qui n’a jamais abouti, un éclat mort né.

Comme ces ouvriers qui dans l’une de ses pho­to­gra­phies sem­blent igno­rer les affi­ches der­rière eux évoquant Molière, ou ce dos voûté, de vieillard, qui repro­duit l’incli­nai­son des murs, ou ce dra­peau argen­tin en guise de rideau sur la fenê­tre d’un bidon­ville .

Qu’a-t-elle dans le ventre cette ville anar­chi­que, grin­çante, bruyante, aux cou­leurs criar­des, aux ciels immen­ses, où l’hori­zon de la pampa surgit à chaque car­re­four, où chaque maison répond à une chi­mère dif­fé­rente, où chaque pas­sant traîne une nos­tal­gie qui n’appar­tient qu’à lui, où rien ni per­sonne ne s’accor­dent pour faire équipe ?
Peut-être la phrase de l’écrivain Raúl Scalabrini Ortiz, « l’homme de Buenos Aires a une foule dans l’âme », décrit comme nulle autre cette diver­sité où l’absence d’har­mo­nie donne nais­sance à une lai­deur sublime.

Alicia Dujovne Ortiz

*Article Télérama tan­gage argen­tin 26 Juillet 2006

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© Francis Brussat

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