Les photographies de Francis Brussat nous proposent la vision d’une Buenos Aires « luxueuse et cabossée », pour reprendre les mots de la journaliste Véronique Brocard*.
Une grande capitale dont les murs racontent une histoire contradictoire, d’espoirs démesurés et d’illusions déchues. Histoire tragique et comique où chaque détail absurde et savoureux révèle tout à la fois la décadence de ce qui n’a jamais été, et l’invention d’une forme de survie joyeusement créative. D’autres portraits de Buenos Aires auraient été possibles, Francis Brussat, par sa fraîcheur, son acidité, sa tendresse, a choisi de nous montrer celui d’une ville ridée avant d’avoir mûri, pourtant si jeune où la misère côtoie une splendeur qui n’a jamais abouti, un éclat mort né.
Comme ces ouvriers qui dans l’une de ses photographies semblent ignorer les affiches derrière eux évoquant Molière, ou ce dos voûté, de vieillard, qui reproduit l’inclinaison des murs, ou ce drapeau argentin en guise de rideau sur la fenêtre d’un bidonville .
Qu’a-t-elle dans le ventre cette ville anarchique, grinçante, bruyante, aux couleurs criardes, aux ciels immenses, où l’horizon de la pampa surgit à chaque carrefour, où chaque maison répond à une chimère différente, où chaque passant traîne une nostalgie qui n’appartient qu’à lui, où rien ni personne ne s’accordent pour faire équipe ?
Peut-être la phrase de l’écrivain Raúl Scalabrini Ortiz, « l’homme de Buenos Aires a une foule dans l’âme », décrit comme nulle autre cette diversité où l’absence d’harmonie donne naissance à une laideur sublime.
Alicia Dujovne Ortiz
*Article Télérama tangage argentin 26 Juillet 2006

- © Francis Brussat




















