London Courriers
À Londres, on trouve environ cinq cents personnes qui exercent le métier de coursier à vélo (« courrier » en anglais). Figure éphémère de la jungle urbaine, le coursier est sans arrêt en déplacement, il a une notion quasi-totale de la ville et évolue dans la circulation avec aisance.
Le coursier doit faire preuve d’indépendance et de grande capacité physique, il passe toute sa journée dans la rue et se confronte donc à tout type de temps et de situations.
La notion de temps est essentielle, le coursier est sans arrêt confronté à des délais de livraison qu’ il doit respecter tout en prenant en considération l’ itinéraire qu’il va prendre, ainsi que les dangers auxquels il s’ expose. Malgré le fait que ce soit le moyen de livraison le plus efficace en ville, le cycliste est celui qui est le plus vulnérable dans le trafic. Il s’agit d’une profession dans laquelle l’adrénaline et le danger font partie du quotidien. Un coursier est la plupart du temps payé à la course, il parcourt entre quatre-vingts et cent kilomètres par jour, il n’a pas de journée type, la fréquence de travail varie d’un jour à l’autre. Il s’agit d’un métier précaire qui implique un mode de vie dans lequel la débrouille est essentielle. Ce n’est pas un employé ordinaire mais un individu indépendant qui tel un vagabond, porte toujours avec lui l’essentiel des affaires dont il est susceptible d’avoir besoin. Les seuls éléments qui le rattachent à son entreprise sont son talkie-walkie et son téléphone portable.
C’est une communauté qui regroupe des individus aux personnalités différentes, réunis par une même soif de liberté et d’indépendance, que les aléas de la vie ont amené à exercer ce métier.
J’ai développé une fascination pour ces personnes sans arrêt en mouvement, que l’on voit surgir l’ espace d’ un instant dans la circulation puis à nouveau disparaître. Il y avait quelque chose d’ impalpable et de presque frustrant à voir évoluer de tels personnages, aux looks et aux visages qui m’ interpellaient sans réellement avoir le temps de les regarder.
J’ai donc voulu marquer un arrêt dans leur course et me les approprier.
Ces êtres font partie du décor urbain, ils ne sont en aucun cas dissociable de celui-ci, il m’a donc semblé naturel de les photographier dans la rue.
Par ailleurs, plus la mixité d’une grande ville est importante, plus il y a d’architectures et de surfaces qui témoignent de cette diversité. C’est pourquoi j’ai cherché à photographier ces personnes avec pour fond un élément qui compléterait ce que je pouvais percevoir de chacune d’entre elles, aussi bien au niveau humain que purement vestimentaire. Il s’agissait en quelque sorte de mettre en relation la personne avec un fond en la retirant de l’environnement dans lequel je l’avais trouvé.
Je n’ai pas cherché à privilégier un type de lumière plus qu’un autre. Dans la rue, tout au long d’une journée, et plus particulièrement à Londres, la météo change sans arrêt. Je me suis donc adapté à celle-ci tout comme les coursiers s’adaptent à ces changements qui influent sur leur condition de travail aussi bien que sur leur état d’esprit.
Iorgis Matyassy


















