Sélection 2010

Iorgis Matyassy

Paris

London Courriers

À Londres, on trouve envi­ron cinq cents per­son­nes qui exer­cent le métier de cour­sier à vélo (« cour­rier » en anglais). Figure éphémère de la jungle urbaine, le cour­sier est sans arrêt en dépla­ce­ment, il a une notion quasi-totale de la ville et évolue dans la cir­cu­la­tion avec aisance.

Le cour­sier doit faire preuve d’indé­pen­dance et de grande capa­cité phy­si­que, il passe toute sa jour­née dans la rue et se confronte donc à tout type de temps et de situa­tions.

La notion de temps est essen­tielle, le cour­sier est sans arrêt confronté à des délais de livrai­son qu’ il doit res­pec­ter tout en pre­nant en consi­dé­ra­tion l’ iti­né­raire qu’il va pren­dre, ainsi que les dan­gers aux­quels il s’ expose. Malgré le fait que ce soit le moyen de livrai­son le plus effi­cace en ville, le cycliste est celui qui est le plus vul­né­ra­ble dans le trafic. Il s’agit d’une pro­fes­sion dans laquelle l’adré­na­line et le danger font partie du quo­ti­dien. Un cour­sier est la plu­part du temps payé à la course, il par­court entre quatre-vingts et cent kilo­mè­tres par jour, il n’a pas de jour­née type, la fré­quence de tra­vail varie d’un jour à l’autre. Il s’agit d’un métier pré­caire qui impli­que un mode de vie dans lequel la débrouille est essen­tielle. Ce n’est pas un employé ordi­naire mais un indi­vidu indé­pen­dant qui tel un vaga­bond, porte tou­jours avec lui l’essen­tiel des affai­res dont il est sus­cep­ti­ble d’avoir besoin. Les seuls éléments qui le rat­ta­chent à son entre­prise sont son talkie-walkie et son télé­phone por­ta­ble.

C’est une com­mu­nauté qui regroupe des indi­vi­dus aux per­son­na­li­tés dif­fé­ren­tes, réunis par une même soif de liberté et d’indé­pen­dance, que les aléas de la vie ont amené à exer­cer ce métier.

J’ai déve­loppé une fas­ci­na­tion pour ces per­son­nes sans arrêt en mou­ve­ment, que l’on voit surgir l’ espace d’ un ins­tant dans la cir­cu­la­tion puis à nou­veau dis­pa­raî­tre. Il y avait quel­que chose d’ impal­pa­ble et de pres­que frus­trant à voir évoluer de tels per­son­na­ges, aux looks et aux visa­ges qui m’ inter­pel­laient sans réel­le­ment avoir le temps de les regar­der.

J’ai donc voulu mar­quer un arrêt dans leur course et me les appro­prier.

Ces êtres font partie du décor urbain, ils ne sont en aucun cas dis­so­cia­ble de celui-ci, il m’a donc semblé natu­rel de les pho­to­gra­phier dans la rue.

Par ailleurs, plus la mixité d’une grande ville est impor­tante, plus il y a d’archi­tec­tu­res et de sur­fa­ces qui témoi­gnent de cette diver­sité. C’est pour­quoi j’ai cher­ché à pho­to­gra­phier ces per­son­nes avec pour fond un élément qui com­plé­te­rait ce que je pou­vais per­ce­voir de cha­cune d’entre elles, aussi bien au niveau humain que pure­ment ves­ti­men­taire. Il s’agis­sait en quel­que sorte de mettre en rela­tion la per­sonne avec un fond en la reti­rant de l’envi­ron­ne­ment dans lequel je l’avais trouvé.

Je n’ai pas cher­ché à pri­vi­lé­gier un type de lumière plus qu’un autre. Dans la rue, tout au long d’une jour­née, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à Londres, la météo change sans arrêt. Je me suis donc adapté à celle-ci tout comme les cour­siers s’adap­tent à ces chan­ge­ments qui influent sur leur condi­tion de tra­vail aussi bien que sur leur état d’esprit.

Iorgis Matyassy


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