Trop tôt, trop tard (After Henri Cartier-Bresson)
Série de 12 photographies. 52 x 42 cm.
La série Trop tôt, trop tard (After Henri Cartier-Bresson) fait partie d’un ensemble d’œuvres nommé After Photography en référence aux pratiques post-modernes de la citation, mais aussi au florilège d’expositions et de publications récentes laissant justement entendre que nous serions entrés dans l’ère d’un “après “ de la photographie.
La règle que je me suis fixée est que chaque travail de ce corpus se réfère, dans la mesure du possible, à un artiste qui a compté dans mon parcours et dont l’œuvre serait prétexte à une spéculation sur la nature de l’image ou à une réflexion sur les outils et les moyens de production de la photographie, à travers son histoire, ses “mythes“, son iconographie, son matériel, ses “petites phrases“ ou son fonds canonique.
Cartier-Bresson a été un modèle pour beaucoup de ceux qui ont abordé la photographie à la fin des années quatre-vingt et pour lesquels les figures imposées de l’instant décisif, de la composition équilibrée et du liseré noir sur le tirage – preuve du non recadrage – étaient les seuls garants d’une photo “réussie“. À l’heure où Photoshop fournit à tout un chacun des outils permettant de rattraper n’importe quel type de ratage et de recomposer les images à sa guise, il peut sembler relativement obsolète d’aborder la photographie en adoptant de tels préceptes. Comme pour en faire la preuve par l’absurde, j’ai gommé tout ce qui atteste d’un instant décisif sur une sélection d’images. J’ai également choisi un mode de présentation aussi fidèle que possible à celui des photographies originales. Le titre est emprunté à un film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet qui raconte des faits historiques liés à la Révolution, avec pour seules images de longs travellings sur la route ou le paysage.
Instaurant un autre rapport au temps, le résultat livre une lecture inédite de l’œuvre ; il met en évidence un choix de configurations topographiques liées à des points de vue très particuliers et souligne en particulier la géométrie des compositions. On peut tergiverser sur le statut de ces images ; bien que jouant sur un registre iconoclaste, elles racontent pourtant quelque chose de l’univers du grand maître et invitent à imaginer ses errances à la recherche de l’endroit idéal où se poster, à l’affût du moment propice au déclenchement… L’univers de Cartier-Bresson ainsi reconstitué dégage, me semble-t-il, un étrange sentiment de solitude.
Isabelle Le Minh


















