Sélection 2008

P. & T. Nivaux

Ste Geneviève des Bois, Fr

Sentiment végétal.

(c) Pascale & Thierry Nivaux Un couple d’artis­tes,
Pascale et Thierry Nivaux.

Pour elle, la nature est une made­leine de Proust, sou­ve­nir d’enfance. Ses sculp­tu­res sont végé­ta­les et péren­nes ; feuilles mortes ou brin­dilles se dres­sant pour défier la vie. Ses des­sins sont fra­gi­lité et leur force est pro­li­fé­ra­tion, se libé­rant à même le mur.

Pour lui, la pho­to­gra­phie n’est pas seu­le­ment un acte du regard. Ses œuvres pho­to­gra­phi­ques ten­dent à révé­ler des pré­sen­ces et à revi­si­ter l’huma­nité, tels ses visa­ges d’Eve et Adam pho­to­gra­phiés par une véri­ta­ble pomme comme simple appa­reil photo.

Sentiment Végétal est né de leur ren­contre.

Une ren­contre autour d’un outil tech­no­lo­gi­que : le scan­ner. Là encore, pas d’appa­reil photo. Choux, rose, fleur de cour­gette, mau­vai­ses herbes, feuille… Pas d’a priori. Leur choix se fait devant le scan­ner, avec le temps et le res­senti. Matière vivante, iné­vi­ta­ble­ment le végé­tal se trans­forme. Ainsi, d’état en état, il libère les dif­fé­ren­tes beau­tés pré­sen­tes tout au long de la vie. Entre les mains des artis­tes, non­cha­lant, il devient aussi d’une cer­taine façon, matière sculp­tu­rale, matière à image. Ils l’accom­pa­gnent sur ce chemin. A même la plaque de verre, comme un corps nu sur une table d’opé­ra­tion, le végé­tal est livré aux balaya­ges de lumière du scan­ner. Ce der­nier repro­duit avec une infime pré­ci­sion, pres­que indé­cente, chaque mm2 de l’épiderme végé­tal. Seules les par­ties en contact avec la plaque de verre sont d’une extrême net­teté, le reste s’évapore dans un extrême flou puis dans le noir.

Le végé­tal semble rayon­ner dans ce noir, comme si il avait emma­ga­siné cette lumière pour la res­ti­tuer à l’image. Rencontre donc aussi dans l’image pho­to­gra­phi­que. De l’obs­cu­rité et de la lumière. Rencontre très intime entre le flou et le net. L’absence pres­que totale de pro­fon­deur de champ fait que le flou domine, et le net s’impose par les détails qu’il révèle. Entre l’unité et le détail. Le végé­tal se pré­sente tou­jours dans son inté­gra­lité, posant dans l’image comme sur le scanne, fron­ta­le­ment pres­que per­son­ni­fié. Rencontre aussi entre l’infi­ni­ment petit et l’infi­ni­ment grand. En effet, Pascale et Thierry Nivaux grâce à cette tech­ni­que de « scan­no­pho­to­gra­phie » qui leur est propre, obtien­nent une image numé­ri­que d’une très grande réso­lu­tion (poids fichier com­pris entre 1 et 4 Go). Ils peu­vent ainsi, selon les pos­si­bi­li­tés (du lieu, finan­ciè­res…), expo­ser des pho­to­gra­phies numé­ri­ques grand format voire monu­men­ta­les, jusqu’à amener le spec­ta­teur à l’échelle de l’insecte !


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