• Nicolas ANGLADE

Adventis


"Se plier à une idée ou à une image préconçues, c’est à coup sûr appauvrir d’emblée son tableau de tout ce qui pourrait surgir dans le travail. La peinture est l’exercice de la liberté. Il faut savoir rester toujours ouvert à l’inconnu avec sa sensibilité en état d’alerte, à la fois totalement concentrée et totalement réceptive."

Pierre Soulage, Outrenoir

A la fois errance et document, ce travail en cours pour l’instant circoncit aux terres chargées en vibration du massif central, empreinte les même chemins de traverse qu’un certain type d’agriculture à mille lieux du modèle productiviste dominant.
Partir sur les terres des paysans en laissant (autant que faire se peut) les intentions à la maison, si ce n’est en conserver une seule : celle de s’éloigner le plus possible de l’image d’Épinal qui ne montre que la photogénie d’une paysannerie vieillissante.
Partir donc, et se laisser imprégner par les vibrations du sol, le chant des saisons, les reliefs du chemin, les gestes des hommes… en acceptant pleinement que les images qui émergent de ce périple se trouvent contaminées autant de la réalité dont elle témoignent que par l’état d’esprit du photographe à l’instant T.
Et puis labourer cette matière recueillie et observer ce que dit le sol de la vie qui se construit ici. Chercher ce qu’il peut y avoir de commun entre une photographie buissonnière et une paysannerie alternative.
Marcher et découvrir ce que je cherche le long de ce parcours commencé en 2014 et dont la date d’arrivée reste inconnue.

Ce projet a été soutenu par la DRAC, dans un premier temps, par l’obtention d’une bourse d’aide à la création et dans un second, par le soutien d’une résidence d’artiste sur le territoire de Billom Communauté. Il bénéficie aussi du soutien de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du Grand Clermont.

Cette terre témoigne des hommes

Il est de ces photographes qui regardent les paysages de la hauteur des hommes pour y saisir l’empreinte de ce qui, à même la terre, les façonne.
Ne cherchez pas les hommes, ils sont fort discrets. Tout juste, ici une silhouette, ou bien là, un portrait. Discrets et cependant om­niprésents. Ces hommes, devrait-­on dire ces gens, pour qui la campagne et la terre sont à la fois berceau, passion, travail et mère nourricière. Ces gens que l’on dit paysans dans un français qui se voudrait ancien et pourtant bien vivant.
Ils sont là, inscrits dans la brume des paysages que dévoilent les images de Nicolas Anglade, com­me une empreinte indis­sociable de ces champs ou chemins sur lequel son re­gard s’est posé. Là, dans la pénombre d’une étable où l’animal nous scrute de son œil bo­vin ; là, dans l’envol d’une nichée de corbeau que cette imminence a sans doute dérangé ; là encore dans une clôture qui court à travers champs ou là en­core dans ce panier posé, orphelin de récolte ou im­patient d’un marché ; là enfin dans un portrait d’émail, gage d’une mé­moire voulue inaltérable sur une pierre tombale...
Ils sont là, invisibles et pourtant évidents, dans les errances ou flâneries en noir et blanc du photo­graphe clermontois assi­gné volontaire à résidence pour un an en pays billomois. Seize images pas plus, mais d’infinies nuances, voulues comme un carnet de notes des chemins qu’il lui reste à couvrir, sur les traces de cette « petite paysannerie » qu’il se veut évoquer et faire découvrir. « M’étant octroyé une to­tale liberté d’action com­me d’approche, cette pre­mière restitution me permet d’envisager les es­paces ou les digressions qui vont désormais m’ins­pirer, note Nicolas Anglade. Je ne souhaitais pas m’inscrire dans le reporta­ge mais plus dans l’évoca­tion. Et me laisser porter par les vibrations qui émanent de cette nature intimement liée à l’essen­ce de nous­ même. » Et ce premier opus, nimbé de brumes entre gris clairs et gris foncés ou puisant l’émotion dans des noirs profonds, laisse présager d’une suite faite d’images intenses et poétiques.

Patrick Ehme,
(Journal La Montagne, Dimanche 22 Janvier 2017)
journaliste et directeur artistique du festival international de photographie Nicéphore+

Nicolas ANGLADE

Dessinateur de cœur et de formation, je me dirige rapidement vers l’image et ses formes multiples. Comme beaucoup d’élèves assidus (au dessin dans le fond de la classe) je termine mes études de bonne heure et j’intègre un studio de communication graphique où j’occupe un poste de dessinateur/graphiste. Lassé de voir ma marge de manœuvre créative aussi réduite que celle laissée à une imprimante, je démissionne après quelques années de bons et loyaux services. Désireux de me réapproprier mon existence j’expérimente la vie loin des contraintes salariales. N’ayant plus de travail je n’ai plus besoin de voiture. Je la vends et avec le pactole j’achète un reflex numérique accompagné d’un objectif haut de gamme. Depuis lors, cette vieille compagne qu’est la photographie a pris une place de premier plan dans ma vie et je la pratique chaque jour avec émotion en pensant à mon grand-père qui me l’a enseignée très tôt. Avec lui j’ai découvert cette caverne de Platon qu’est la chambre noire et la magie que contient le mot image.

Photographe auteur depuis 2009 je travaille régulièrement avec des institutions locales, pour la presse nationale et je mène une activité pédagogique dans diffèrent établissements scolaires ou autres.