• Romain BARO

You have to blow

La mer Égée s’étend comme un paradis bleu. Une destination touristique qui résonne dans l’imaginaire collectif. Pour les réfugiés, c’est avant tout un mur. Un obstacle vers l’Europe de plusieurs kilomètres de long ; une zone quadrillée de jour comme de nuit par des frégates militaires. Depuis les côtes turques, l’île de Lesbos apparaît comme une promesse. Vision floue d’une terre à fouler coûte que coûte, au risque d’y perdre la vie.

Témoins de cette mer qui charrie les corps, quelques habitants de l’île ont créé un cimetière. Un lieu de recueillement improvisé à l’écart des villages. Quelques dizaines de tombes se dessinent dans l’ocre de la terre. Comme seules traces : des plaques en marbres plantées à même le sol et la mention d’un âge ou d’un nom de famille. Mais parfois rien de tout cela.

Certains corps n’ont pas pu être identifiés. Une simple pierre ramassée orne la tombe dans un dépouillement silencieux.

À quelques kilomètres de là, c’est le bleu de la mer qui domine. Sur la petite commune de Neapoli, des réfugiés reprennent contact avec l’eau aidés par des volontaires d’ONG. Pour certains d’entre-eux, venus d’Afrique centrale ou d’Afghanistan, la vision même de la mer est une découverte.

Enfants et adultes apprennent à nager pour surmonter le traumatisme, pour se reconstruire, pour rester digne. L’inexorable attente du réfugié est effacée un court instant. Sentir son corps flotter dans les vagues est déjà une victoire. Pour avancer, il faut respirer.

Romain BARO

Romain Baro est né en 1988. Il vit et travaille à Nantes.
Il grandit à Lorient, dans une ville rasée par la guerre et reconstruite à la hâte. Cet environnement l’incite très tôt à développer un imaginaire et à questionner le rôle de la fiction.

Diplômé des Beaux-Arts de Nantes en 2011, il s’intéresse aux registres d’apparition et de diffusion des images. Les différentes collaborations qu’il nourrit avec la presse le poussent également à interroger la valeur de l’information et le statut accordé à la
photographie documentaire.

Chacun de ses projets est animé par un goût pour la recherche. Ce désir d’enquête est ensuite activé par un constat, qu’il soit social, politique ou culturel. Aller à la source de l’expérience, éprouver le terrain et repérer des indices devient alors une nécessité.

En accédant à la condition singulière de communautés, de lieux ou d’objets, il souhaite encourager la compréhension des récits, des territoires et des systèmes. Cette observation des interactions entre l’humain et son environnement est au cœur de sa démarche.