Galerie 2006
 
Isabelle ROZENBAUM, Paris, être au monde – 2006 Vidéo – 3’30

Cela fait des années que la photographie fait partie inhérente de ma vie.

Elle est à la fois source inépuisable de plaisirs et lieux de conflits entre ombres et lumières, boulimies et attentes, visions et trous noirs.
Elle est tension permanente vers ce point infime, enfouie au plus profond de moi-même où tout se joue, vacille et résiste ; équilibre fragile, instable, essentiel…

Dans un premier temps, à l’origine, s’est imposé à moi la nécessité de dormir, d’être là les yeux clos devant le sténopé.

J’ai travaillé l’attente, la pose longue, très longue sur mon visage, la pose d’une nuit entière pour une photographie unique : univers intime, jeux de vies et de morts.

Des formes et des traits singuliers se sont imprimés presque d’eux-mêmes, peut-être à travers moi, sur le papier sensible. Une certaine consistance a pris corps et une sève vitale a commencé à circuler bousculant cette obsession de corps décharnés et de ces os, tous ces os…


 

Par la suite des images composées, décomposées, recomposées se sont forgé, inéluctables, évidentes, fruits d’affrontements, de leurres, de fantasmes inavoués, de renaissances multiples, de moments d’incroyances, de plaisirs démesurés, de dépôts lumineux sur un minuscule bout de papier.

Harcelée par mes obsessions, plongée une fois encore dans les peurs et les doutes, je n’ai pu échapper à l’urgence d’aller plus loin, d’explorer des langages qui m’étaient inconnus jusqu’alors : celui du son et de la vidéo. Il me fallait aller à la rencontre de la source première de l’agitation.

Quels longs détours pour parvenir enfin à apprivoiser les mots qui apaisent et réparent, pour atteindre des images lumineuses !

Que de chemins parcourus pour dire à haute voix les Mémoires nouées tout au creux de mon être, pour déterrer les noms à la pelle, exorciser les terreurs, éponger les sueurs !

Et puis tout d’un coup, j’ai présenti que cette fois c’était là, tout près, juste.
Alors je me suis arrêtée, un peu éperdue face à la dignité de cette mise à nu… La mienne.