Intérieurs avec figures
Des portraits
Des mères et des filles, leurs époux, leurs amis, leurs animaux de compagnie posent chez eux, dans le décor qui leur ressemble.
Je n’aime pas parler de Portrait.
Ma façon de traiter le portrait est bien loin de l’idée d’intériorité et d’identité qui lui est souvent associée. Ici aucune intimité. La photographie épuise des surfaces, des systèmes de représentation et le portrait devient Personnage , Persona , un masque de théâtre.
Le théâtre m’intéresse parce qu’il nous sauve du réel. La scène, le décor impose une distance.
Cette mise en scène de la vie quotidienne qui consiste à se rejouer soi-même tombe parfois dans la caricature puisqu’il s’agit de s’exagérer, user de tous les artifices pour donner à la réalité elle-même l’allure du mensonge.
Je préfère parler de Personnage afin d’éviter toute confusion.
Mes images sont composées à la manière de tableaux vivants, entre peinture et théâtre. Le tableau vivant est une pratique imitative. Image qui représente une autre image, il flirte avec le déjà-vu. Le Personnage lui aussi est déjà une image. Le décor, l’intérieur domestique semble le prolonger. J’avoue mon penchant pour les univers narcissiques où les choses se dédoublent pour se refléter, les redondances, le jeu des correspondances. La figure de la femme tient dans mon travail une place privilégiée. Jouant des artifices et des parures, elle tend à devenir décor. La femme joue à être femme, elle aussi est déjà une image. Mise en scène, mascarade et artifice ne renient en rien l’aspect documentaire de mes photographies. Dans leur profusion de détails et d’objets en tout genre elles portent les signes de leur époque : charge et surcharge d’éléments éclectiques, anachronismes, joyeux mélange d’esthétiques décalées.
Une galerie de personnages (des personnages vraisemblables) dans un décor qui leur ressemble.





















