Sélection 2007

Camille Hervouet

Toulouse, France

Article paru dans Technique & Architecture n°488

"Pourquoi l’oeil s’arrête-t-il sou­dains ur une photo, un tableau, une sculp­ture, un pay­sage ? Quel méca­nisme ? Cette ques­tion, chacun se l’est posée cent fois. Sans vrai­ment y répon­dre, pour garder cette part de mys­tère qui est aussi poésie. Une fois encore ce pro­ces­sus -alerte, curio­sité, atti­rance, séduc­tion, etc. - s’est enclen­ché quand nous avons reçu quel­ques "oeu­vres". Dieu que ce mot gal­vaudé jusqu’à l’écoeurement est devenu dif­fi­cile à écrire ! - de la pho­to­gra­phe Camille Hervouet.

Des photos de mai­sons, mais étranges, prises de nuit, mais éclairées par une drôle de lumière, peut-être celle du jour. Cette ano­ma­lie retient sans doute l’atten­tion, mais plus encore le silence de ces mai­sons portes et volets clos, fer­mées sur elles-mêmes et leur habi­tants invi­si­bles, sans aucune agres­si­vité, pres­que douces. Et puis, à nou­veau, il y a cette lumière, ces cou­leurs. Des rémi­nis­cen­ces de rêves, entre beauté et cau­che­mar, de films, en par­ti­cu­lier "Le Charme dis­cret de la bour­geoi­sie" de Luis Bunuel.

Suffisent les réfé­ren­ces. Ces docu­ments, malgrè le jeune âge de la pho­to­gra­phe (23 ans), sont l’abou­tis­se­ment d’une décou­verte pro­gres­sive. Pendant ses études à l’ETPA (Ecole Toulousaine de Photographie et de Multimédia), l’une des étapes du cursus passe par un repor­tage sur un thème libre.

Ces photos en sont issues. Dans le quar­tier du Mirail, à Toulouse, Camille Hervouet com­mence à pho­to­gra­phier des mai­sons, entre minuit et 4h du matin, seule, avec un appa­reil lambda.

De cliché en cliché, elle décou­vre les effets du halo lumi­neux de la ville qui dort ; change d’appa­reil pour un Rolleiflex et un objec­tif de 55mm, sans filtre, opte pour une pel­li­cule argen­ti­que Portra 100T, un film néga­tif 120, nappé de tungs­tène, sen­si­ble plus le temps de pose s’allonge (jusqu’à 8 minu­tes) à la lumière arti­fi­cielle que la ville ren­voie, le soleil absent, vers les nuages qui la res­ti­tuent autre, trans­for­mée, satu­rée de cou­leurs étranges.

La ving­taine de mai­sons choi­sie date des années 1960-1970, estam­pillées Mouvement moderne mêlé de régio­na­lisme. Curieusement, les photos emblé­ma­ti­sent les struc­tu­res, le gra­phisme. Pourquoi un tel choix pour cette pho­to­gra­phe qui n’a pas fait d’études d’archi­tec­ture ? Pas d’expli­ca­tion évidente, une incli­nai­son natu­relle, une atti­rance pour une sorte de vérité d’orga­ni­sa­tion, de struc­ture, l’homo­gé­néité, l’auto­no­mie des figu­res tou­chées de l’aile de la soli­tude."

Jean-François Pousse


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