Sélection 2011

Michel Le Belhomme

La bête aveugle

Les espa­ces voyous de Michel Le Belhomme, texte de Christian Gattinoni

Tout se joue au plus près des objets, l’espace n’existe qu’obs­trué, saturé. Le carré de l’image ren­force ce jeu de plé­ni­tude, le pho­to­gra­phe bourre son cadre comme un all over d’ombre et de lumière. Il y loge toutes sortes d’ins­tal­la­tions pré­cai­res.

Dans les pra­ti­ques récen­tes ce lent pro­to­cole sculp­tu­ral qui fait tableau a une his­toire depuis les sculp­tu­res invo­lon­tai­res de Brassaï, en pas­sant par les ready made à l’échelle et point de vue rec­ti­fiés par Patrick Tosani. Sans comp­ter les varian­tes ana­mor­phi­ques pour cou­ples bri­co­leurs Loriot et Mélia ou Sue Webster et Tim Noble. Du pre­mier Michel Le Belhomme a retenu l’uti­li­sa­tion des maté­riaux sans qua­lité, leur pou­voir de trans­for­ma­tion. Du second il tra­vaille la sin­gu­la­rité des objets et leur méta­mor­phose dans un jeu de proxi­mité, per­turbé par dis­tance et varia­tion d’échelle. Des der­niers il a retenu l’impor­tance du point focal d’où tout se fige et se remet autre­ment en place.

Michel Le Belhomme a suivi l’ensei­gne­ment de Tom Drahos à l’Ecole des Beaux Arts de Rennes. Il en a tiré toutes les consé­quen­ces tech­ni­ques de maî­trise et mani­pu­la­tion des para­mè­tres pro­pres à la pho­to­gra­phie. Un cer­tain humour tra­gi­que en sus.S’il a aussi retenu toutes les leçons du colo­riste il n’en garde pas la gamme aussi étincelante que flashy. Les cou­leurs ici sont sour­des, elles tra­vaillent en camaïeux de beige et de gris. Elles se réchauf­fent à l’occa­sion de quel­ques flam­mes de peti­tes mises à feu expé­ri­men­ta­les. Ces gammes sub­ti­les se déve­lop­pent dans la pénom­bre com­plice d’un micro-labo­ra­toire pour des essais impro­ba­bles. Oui ce sont là cou­leurs de nuit ou d’obser­va­tions visuel­les moins liées au rêve qu’à de petits cau­che­mars pour appren­tis claus­tro­pho­bes.Il en résulte moins angoisse que jouis­sance d’une per­ver­sion des codes régis­sant les espa­ces inti­mes.

« Malheureusement l’espace est resté voyou et il est dif­fi­cile d’énumérer ce qu’il engen­dre. Il est dis­continu comme on est escroc » ce que Georges Bataille évoquait dans Le dic­tion­naire cri­ti­que en 1970 le pho­to­gra­phe s’attelle à le répa­rer dans une pers­pec­tive très actuelle.

En réac­tion à la froi­deur grand format des fron­ta­li­tés de l’Ecole de Dusseldorf on a dû subir ces der­niè­res années tout l’ennui domes­ti­que de l’école du banal. Ce tra­vail aujourd’hui vient nous venger de ces kilo­mè­tres de seconde à recher­cher la mort exacte d’une médio­crité exal­tée. Chaque image nous pro­pose a contra­rio une aven­ture mar­quée du sceau d’un quo­ti­dien exalté.Certaines sont frap­pées d’une fata­lité de mémoire, d’autres res­pi­rent le regain d’ énergie d’une matière qui se venge des peti­tes cons­truc­tions humai­nes. D’autres encore suin­tent leur parfum de catas­tro­phe à l’échelle des sous-conti­nents, ves­ti­ges de nos demeu­res. Toutes trans­pi­rent un baro­que pré­cieux de l’entro­pie des archi­tec­tu­res inté­rieu­res.

Produisant des images sin­gu­liè­res qui auraient retenu les leçons des apho­ris­mes d’Henri Michaux, Michel Le Belhomme rec­ti­fie dans son viseur ses sculp­tu­res d’une haute économie de moyens. Presque rien domes­ti­que et je ne sais quoi tra­vaillé main déve­lop­pent une phi­lo­so­phie visuelle de la pré­ca­rité faite œuvre.


Appel a auteur


Newsletter


© Festival Manifesto, Association On/Off - WebMaster : Ludovic Pierquet // KayaWeb
Site réalisé avec SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0