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Sue-Elie Andrade-Dé

Córrego Segredo

20 pho­to­gra­phies sans titres, for­mats varia­bles, enca­drées.
Impressions jet d’encre sur papier Mat.

Córrego Segredo est une série débu­tée en juillet 2010 lors d’une rési­dence de trois mois au Brésil. C’est un tra­vail qui n’a ni vrai­ment de début ni vrai­ment de fin : c’est un corpus d’images qui, comme un fleuve, est amené à gon­fler, à s’épancher voire même à s’assé­cher .

Il s’agit d’une sorte de carnet de route qui me lie à l’expé­rience de la fra­gi­lité et de la beauté lors de ma ren­contre avec le Brésil et sa popu­la­tion.
Ce tra­vail cons­ti­tue pour moi une sorte de fouille archéo­lo­gi­que don­nant aux sujets des pho­to­gra­phies le statut de fos­si­les.
En frag­men­tant les espa­ces, je retrouve pêle-mêle des ani­maux, des pay­sa­ges, et des per­son­nes dont la forme où la pré­sence ren­dent ambi­guë leur statut d’être humain. De la pous­sière et l’humi­dité jaillis­sent ces formes fra­gi­les en pleins et en creux.

En arri­vant au Brésil, j’ai voulu fuir un maxi­mum les cli­chés de la vio­lence et des plages para­di­sia­ques. J’ai alors quit­ter São Paulo, pour ruis­se­ler au nord, à Salvador, puis dans l’inté­rieur du pays jusqu’au Pantanal : la plus grande zone humide de la pla­nète. C’est une énorme plaine, avec des cours d’eau cou­lant dou­ce­ment durant la saison humide en de nom­breux méan­dres et sub­mer­geant plus de 80 % du ter­ri­toire. Ce lieu est noyé sous les eaux pen­dant un tiers de l’année.

Cette noyade chro­ni­que ren­dait d’autant plus fra­gi­les les « micro-évènements » qu’il adve­nait sous mes yeux. Ces per­son­na­ges en bas reliefs res­tent un mys­tère pour moi et pour qui les regarde, ils deman­dent encore à être déchif­frés, époussetés, polis.
Comme une évidence, j’affirme la soli­tude des êtres et des choses, et tente par la pho­to­gra­phie de rendre sa force à la fra­gi­lité des êtres et de leur corps.

J’ai cher­ché l’aspé­rité des peaux, des plis, des lignes et des gestes afin de les geler dans un sus­pens et un désé­qui­li­bre trou­blant. Une cer­taine pesan­teur bruisse dans l’arrière plan, comme de la matière brute d’où jailli­raient ces formes en bas reliefs, dans une ten­ta­tive d’échapper une nou­velle fois à la noyade : une montée des eaux qui dilue­rait chaque moment vécu sur son pas­sage.
Ce « ruis­seau secret » (= Córrego Segredo ) qui coule au tra­vers des images est ce qui les unit entre elles, un regard qui se meut et se laisse aller, pour un ins­tant.


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