• BECHER Téo

Les sommets inhabitables

Ce titre est extrait d’une citation d’Erri de Luca, écrivain italien engagé dans le combat contre la construction du train à grande vitesse reliant Paris à Turin (le « TAV »), qui reçoit un accueil très controversé par la population locale, notamment dans le Val de Susa en Italie.

Les montagnes de la Maurienne sont marquées d’ambiguïtés, de contradictions, d’oppositions. Surnommée « la vallée de l’aluminium », l’espace y est maîtrisé et exploité. Le torrent de l’Arc fut propice au développement de l’industrie de l’aluminium grâce à sa capacité à alimenter les usines en hydroélectricité. Nombreuses au XXe siècle, il n’en reste aujourd’hui qu’une, longée par une autoroute – un des seules vallées à en disposer – et bientôt par une ligne de train à grande vitesse, secouée cependant par divers scandales liés à des soupçons de corruption et de dégâts environnementaux. Même si quelques stations de sports d’hiver parsèment les sommets, la majeure partie de l’espace en Maurienne est de l’ordre de l’inhabitable, correspondant ainsi à l’image romantique d’une nature pure et sublime.
Il s’agissait d’abord pour moi de faire l’expérience physique du paysage. Être dans la montagne, marcher, respirer. C’est devenu comme parcourir cet inhabitable, ce qui ne peut être senti qu’à pied, au plus près de la topographie, immergé dans le paysage.
Ces deux pans du travail sont comme deux couches qui s’ajoutent et se mélangent, comme une marche de reconnaissance du territoire, pour en connaître chaque recoin.

BECHER Téo

Teo Becher vit et travaille à Bruxelles.
Ses travaux font très souvent preuve d’un fort ancrage géographique, mêlant documentaire et intime. Chacun de ses projets part d’une expérience personnelle pour ensuite s’ouvrir sur l’universel.
Il photographie uniquement à l’argentique, exploitant les capacités de la chambre technique et du moyen format. Ses images ont été exposées aux festivals La Gacilly et Itinéraire des photographes voyageurs (Bordeaux) ainsi qu’à la Fisheye Gallery à Arles et au musée de la photographie de Charleroi (Belgique).
Titulaire d’un baccalauréat de photographie obtenu à l’ESA “Le 75” en 2014 à Bruxelles, Teo poursuit maintenant un master en photographie au KASKA à Anvers.

Teo est collaborateur de Brassage Photographique.