• DIEDLA Nia

MALEZA
Le journal de mes racines

Elles poussaient de mes pieds, de mes bras, sortaient par ma bouche, et par mes lèvres, griffaient mes joues, tiraient mes cheveux. Nues, sauvages, elles tissaient leur maison dans mes poumons, mes bronches. Sans eau, elles s’étalaient sur ma peau, dans mes yeux, même dans ma langue. Elles étaient là, et pourtant personne ne pouvait les voir. Ces racines étaient les miennes, j’avais trouvé ma maison, et elles me tenaient debout.

Mes aïeules quittèrent l’Europe en bateau, j’ignore lequel, et en quelle année. Mais ce que je sais, c’est que jamais elles ne revinrent. Sans doute, un peu d’elles est resté ici. Je les imagine comme de l’herbe sauvage, de celle qui pousse partout, et où je pousse moi aussi maintenant.

Maleza ça veut dire mauvaise herbe, celle qu’on n’attend pas, qu’on arrache mais qui revient toujours sans renoncer. Une fleur qui n’est pas une et qui pourtant l’est aussi.

DIEDLA Nia

C’est à travers l’image que le fil des choses trouve une évidence pour elle et donne sens à la traversée qui l’a amenée ici. Études de science, diplôme en biochimie, passionnée de théâtre et de poésie. En 2006 elle est sélectionnée par l’Institut Franco-Chilien avec un projet artistique pour être professeur d’Espagnol à l’Académie de Paris. Cette année marque un tournant dans son parcours. Elle étudie le théâtre et la marionnette contemporaine, la science s’endort d’un sommeil sans réveil, il lui reste d’elle l’amour des bibliographies. Elle collabore plusieurs années avec des Compagnies de Théâtre de marionnettes en France. Peu à peu, l’image apparaît comme une écriture visuelle prenant toute la place. Depuis, la photographie est devenue ce lieu qu’elle habite.

Dans son travail, les photographies naissent de l’entorse du quotidien ou de sa fable. Elles ressemblent aux pièces d’un puzzle qui construit une géographie en mue permanente. Ce qui l’intéresse c’est de comprendre le présent à partir du passé : la question de nos racines, notre(nos) arbre(s) généalogique(s), l’enfance, le souvenir inventé qui vient d’elle et cette mythologie propre que nous construisons avec les morceaux manquants. Elle construit un lieu entrouvert, intime, où les images se confondent avec les mots, qu’ils soient écrits ou non, et où l’on ne différencie pas le réel de la fiction. Chaque travail recherche sa forme à travers l’objet, elle est très sensible à l’édition de l’œuvre sur papier, qu’elle soit en format livre d’artiste, fanzine ou boîte, elle explore les possibilités narratives des supports matériels qui répondent le mieux à chaque série.